Il y a quelques jours, je vous disais que les thés d’hiver de Lishan promettaient d’être « peu abondants mais d’excellente qualité ». Je dois me corriger : cette année, les thés d’hiver de Lishan seront marqués par une double rareté : peu de bons thés et de faibles rendements.
Je suis allé voir les théiers il y a une dizaine de jours. À l’époque, les bourgeons étaient certes peu nombreux, mais bien charnus, ce qui laissait présager une qualité absolument remarquable si leur croissance se déroulait normalement. Dix jours plus tard, rebelote sur place : certains bourgeons avaient à peine grossi, d’autres n’avaient pas bougé d’un iota. J’en suis resté sans voix. La cause principale ? Une mousson de nord-est précoce. Avec le froid, les feuilles peinent à grandir. On estime prudemment une baisse de production de 20 % pour les thés d’hiver de Lishan cette année. De plus, ces feuilles trop petites donnent des thés de piètre qualité, ce qui signifie que les très bons crus se compteront sur les doigts d’une main.
Plus ennuyeux encore, les routes menant à Lishan ont été coupées. Les planteurs doivent acheminer les feuilles fraîches par voie fluviale. L’idéal est de les livrer à la manufacture en moins d’une heure, mais la réalité est toutautre. Entre la récolte dans les parcelles, le transport en camion jusqu’à l’eau, le chargement sur radeau, la traversée, le déchargement et le trajet final en camion jusqu’à l’atelier, les retards s’accumulent. Des feuilles fraîches qui patientent trop longtemps finissent par s’abîmer, chauffer et fermenter prématurément, provoquant une chute vertigineuse de la qualité.
Nos sessions d’évaluation et de dégustation des thés de Lishan ces derniers jours confirment le verdict : faible production et rareté des bons crus. Sur les 30 échantillons finis que nous avons testés pour l’instant, les notes tournent autour de 40 à 75 sur 100, la majorité étant recalée. Face à cette situation délicate, nous ne pouvons que nous faire une raison. Mon rôle de gérant est de dénicher les pépites, et c’est précisément dans les moments difficiles qu’un marchand de thé démontre toute sa valeur.